Ray-grass résistant : échec et confirmation
Un ray-grass résistant se diagnostique à partir de l’historique, des conditions d’application et de tests adaptés. La survie de plantes après désherbage peut avoir d’autres causes qu’une résistance.
Pour confirmer ou préciser le diagnostic, les méthodes biologiques, biochimiques et moléculaires répondent à des questions différentes.
Vérifiez la substance employée, le stade de l’adventice, les levées après traitement, les conditions climatiques et la qualité d’application. Chacun peut expliquer une inefficacité sans résistance.
La sensibilité varie selon le stade du bioagresseur. Un passage trop précoce par rapport à la levée de l’adventice peut aussi expliquer l’échec.
Examinez les buses : un modèle inadapté ou dégradé peut limiter la protection.
Contrôlez la répartition du produit sur la cible avant de conclure à une résistance.
Ce que mesurent les tests
La résistance peut modifier la cible de la substance ou réduire la quantité qui l’atteint. Elle repose notamment sur des mutations de cible ou une détoxication accrue, fréquente chez les insectes et les adventices.
Les tests biologiques mesurent la réponse d’organismes vivants à un produit. Ils peuvent mettre en évidence le phénotype résistant sans exiger la connaissance préalable du mécanisme. Les tests biochimiques recherchent certaines activités enzymatiques. Les analyses moléculaires ciblent des variations identifiées de séquence ou d’expression génétique.
Les tests biologiques nécessitent du matériel vivant. Certaines méthodes moléculaires acceptent du matériel mort ou dégradé.
Un test moléculaire négatif doit également être interprété selon sa cible. Ces méthodes recherchent des modifications connues ; elles ne révèlent pas automatiquement une mutation encore inconnue ou un autre mécanisme.
Une dose discriminante validée sépare individus sensibles et résistants, sans mesurer leur facteur de résistance. Une courbe dose-réponse compare les niveaux à plusieurs concentrations avec des individus de référence. Adaptez le test au bioagresseur et au mode d’action.
Une résistance peut aussi réduire la pénétration du produit par une cuticule plus épaisse ou une pilosité accrue. Des modifications du transport détournent parfois la substance des tissus visés. D’autres mécanismes la séquestrent dans des vacuoles ou par liaison à des protéines. La détoxication accrue repose sur des enzymes plus efficaces ou produites en plus grande quantité. Ces mécanismes peuvent se combiner chez un même individu.
Les caractères mesurés changent avec l’organisme testé. Chez les champignons, le laboratoire peut suivre la croissance mycélienne, la germination des spores ou celle du tube germinatif. Chez les insectes, il mesure notamment la mortalité aux doses d’exposition. Chez les adventices, il suit la mortalité ou la croissance des plantes selon le mode d’application de l’herbicide.
Les tests biochimiques utilisent des extraits protéiques, plus faciles à conserver au laboratoire que les organismes vivants. Ils dosent des activités enzymatiques sans détecter toutes les formes de résistance.
Contexte de la parcelle et suivi sanitaire
Les rotations courtes et le climat compliquent la gestion des graminées, au même titre que les résistances. Dans votre suivi de parcelle, distinguez une résistance suspectée d’une résistance confirmée par des tests.
Consultez le bulletin de santé du végétal pour connaître l’état des cultures, leurs stades et le risque sanitaire. Ces observations proviennent d’un réseau de parcelles, de modèles et de suivis biologiques.
Réduire les levées et le retour de graines
En Bretagne, combinez labour occasionnel, date de semis adaptée et faux-semis pour réduire les levées de ray-grass. Évitez les semis précoces de céréales d’hiver, qui peuvent coïncider avec le pic automnal de levée du ray-grass.
Tenez votre registre de traitements au même endroit. Gratuit pour commencer.
Réalisez un travail fin et superficiel pour favoriser les levées avant implantation, puis détruisez-les. Placez le dernier faux-semis au moins trois semaines avant le semis. Évitez ensuite de travailler plus profondément, pour ne pas remonter de graines viables. Par temps sec, le retour d’humidité peut déclencher tardivement les levées et compromettre le résultat.
Nettoyez la moissonneuse et récoltez en dernier les parcelles et bordures infestées. La collecte des menues pailles peut réduire le retour de graines au sol lorsque l’équipement est disponible. Examinez aussi la culture suivante plutôt que de reconduire automatiquement une succession favorisant les graminées.
Après un blé fortement infesté de ray-grass, évitez d’implanter une orge l’année suivante : son désherbage est plus difficile.
Ray-grass parmi les mauvaises herbes : reconnaître les plantules
Pour identifier du ray-grass parmi les mauvaises herbes, examinez une plantule complète. Combinez préfoliaison, ligule, oreillettes, pilosité, gaine et graine. Le ray-grass d’Italie a une préfoliaison enroulée, une ligule courte, une gaine généralement rouge et un revers brillant.
Identifiez les graminées jeunes pour préparer le désherbage. Les épis facilitent ensuite la reconnaissance avant moisson.
La préfoliaison est la disposition de la jeune feuille avant son déploiement. Elle est enroulée chez le ray-grass d’Italie et pliée chez le ray-grass anglais.
Cherchez ligule et oreillettes à la jonction du limbe et de la gaine. La ligule du ray-grass d’Italie est courte ; celle du vulpin, plus développée et légèrement denticulée.
Le ray-grass d’Italie présente un limbe glabre. Le vulpin est plus terne, vert bleuté.
La graine du vulpin est aplatie, sans baguette. Celle du ray-grass porte une baguette, reste du rachillet.
Comparez la texture de la ligule, membraneuse ou ciliée, sa taille et son sommet tronqué ou denté. Pour le limbe, examinez pilosité et nervation ; pour la gaine, section, poils et coloration.
La gaine du vulpin est fendue, souvent mauve à la base, avec un liseré blanc sur le bord. Chez le ray-grass d’Italie, elle est généralement rouge. Les oreillettes deviennent visibles à partir de la troisième ou quatrième feuille.
En cas de doute, élargissez la détermination aux autres graminées automnales ou hivernales et aux repousses de céréales.
Pour rechercher une spécialité, consultez ses conditions d’emploi dans E-Phy et les décisions d’autorisation. Distinguez cette vérification du diagnostic botanique.
Ray-grass sauvage dans le blé
Dans un blé, identifiez les plantes appelées « ray-grass sauvage » avec les caractères de la plantule. Examinez ensuite les conditions du désherbage avant de suspecter une résistance.
FRAC, HRAC et IRAC : lire les classifications
Pour suivre les modes d’action FRAC, HRAC et IRAC, rattachez chaque substance à sa classification : fongicide, herbicide ou insecticide. Conservez la version du référentiel. Changer de nom commercial ne garantit pas un changement de mode d’action.
Une résistance liée à la cible et une résistance métabolique ne couvrent pas nécessairement les mêmes substances. Les mécanismes métaboliques peuvent provoquer des résistances croisées entre groupes.
Adventices, champignons, acariens et insectes peuvent partager des cibles biochimiques. Le classement unifié R4P rapproche les substances agissant sur une même cible et intègre des agents de biocontrôle, vis-à-vis desquels des résistances peuvent aussi évoluer.
La recherche HRAC propose une entrée par substance active, mode d’action, code HRAC/WSSA et ancien code HRAC à lettres.
Le groupe 1 de HRAC correspond aux inhibiteurs de l’acétyl-CoA carboxylase, ou ACCase. L’ancien code à lettres est A.
IRAC classe des inhibiteurs de l’ACCase dans le groupe 23. Indiquez donc toujours le nom du référentiel avec le numéro du groupe : HRAC et IRAC ont des nomenclatures différentes.